mercredi 7 septembre 2011

Battlestar Galactica – Ronald D. Moore – 2004-2009


Avis de Vané Fillubie

Les séries télévisées sont devenues plus que de simples ersatz du cinéma. De par leur longueur narrative, elles permettent de développer les habitudes de vie humaines, de créer de nouvelle codifications des mœurs. Ainsi Dr House ou Breaking Bad nous offrent une nouvelle vision des comportements humains, modifiant ce que nous percevions comme bien ou mal, influençant parfois même notre manière de vivre. D’ailleurs, depuis Dr House, toute personne n’étant pas quelquefois hautaine, désagréable ou cynique nous apparait comme un être d’une naïveté enfantine quelque peu bizarre. Les séries ne devraient donc pas être jugées sur le simple critère esthétique, mais sur leur force d’édification morale. Car si la vie imite l’art, les modes de vie de l’humanité du futur risquent fort d’être composés des idées de scenarios d’aujourd’hui. Et Battlestar Galactica est l’exemple type de la grande fable morale, mêlant les grandes décisions mettant en jeu l’humanité, avec les petites de la vie de tous les jours.

L’histoire commence par une attaque surprise des cylons, robots humanoïdes créé par l’homme qui finirent par se révolter. Et au vue de la puissance très supérieure des machines, la race humaine frôle l’extinction, seule une infime part de survivants parviennent à échapper au massacre. Ainsi nous suivons l’exode forcé d’une humanité qui tente de survivre à travers l’espace infini. Et les dangers sont grands, car en plus d’être traquée inlassablement, tous les défauts et les faiblesses de la nature humaine risquent de mettre en péril cette survie. Et de plus, les cylons, dans leur sournoiserie calculée, ont fabriqué des robots d’apparence humaine afin d’avoir des agents doubles dissimulés dans la flotte humaine. Les cylons s’aidant des défauts humains les ont d’ailleurs créés d’allure extrêmement sexy.

S’ensuit donc un virevoltant théâtre politique, avec putsch, coup d’état, terrorisme, lutte des classes, populismes, torture, dictature, démocraties et états fantoches. Les diverses mesures radicales s’appuyant sur l’argument de sécurité de l’humanité, rappelant souvent les diverses lois d’exceptions de l’administration bush pour la sécurité nationales suite au 11 septembre. Battlestar Galactica permet ainsi de voir avec perspective ces évènements de l’histoire récente en évitant toute explication manichéiste. Et en plus des pouvoirs politiques et militaires, les pouvoirs scientifiques et religieux viennent encore complexifier les rapports de puissances entre les différentes parts de l’humanité. Avec tout le lot de problèmes éthiques que cela engendre.

La lutte contre l’ennemi cylon pose aussi quelques problèmes éthiques d’ailleurs. Les robots, ces « enfoirés de toasteurs » sont considérés comme le mal absolu, pour avoir commis le génocide de l’humanité. Ils sont donc traités comme des choses dangereuses à supprimer sans aucune pitié. Mais serions-nous vraiment coupable de mal agir, si nous avions été programmés ainsi ? Et l’humanité dans son désir de vengeance, ne finira-t-elle pas par devenir aussi calculatrice, cruelle et inhumaine que les robots qu’elle a créés ? Ou les cylons, à force de vouloir se camoufler au mieux parmi les humains ne finiront-ils pas par devenir plus moral que les humains ? Car comme le fait remarquer le commandant Adama lors du premier épisode :

- Quelqu’un s’est-il déjà demandé si l’humanité méritait vraiment de survivre ?

Chaque protagoniste se voit confronté à ces nombreux dilemmes, et tente d’y apporter des solutions, parfois fortement ingénieuses et honorables, parfois lâches et stupides, souvent le tout à la fois. Car voilà la force de Battlestar Galactica, nous montrer qu’entre être un héros et un salaud, ce n’est parfois qu’une question de point de vue. Et comme l’homme est capable du meilleur comme du pire, sa survie ne dépend parfois que de petits détails apparemment insignifiants. 8/10


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